Registratie zal enige tijd duren. Deze functie is in ontwikkeling.

PERRAU03 - Les Souhaits Ridicules

Een (),

Onderwerp

Bron

Charles Perrault: Contes de ma mère l’oye (1695-1697).

Tekst

Les Souhaits Ridicules
Conte.
A Mademoiselle de la C....

Si vous estiez moins raisonnable,
Je me garderois bien de venir vous conter
La folle & peu galante fable
Que je m'en vais vous debiter.
Une aune de Boudin en fournit la matiere,
Une aune de Boudin, ma chere!
Quelle pitié, c'est une horreur,
S'écrioit une Precieuse,
Qui tousjours tendre & serieuse,
Ne veut ouïr parler que d'affaires de cœur.
Mais vous qui mieux qu'Ame qui vive
Sçavez charmer en racontant,
Et dont l'expression est tousjours si naïve,
Que l'on croit voir ce qu'on entend;
Qui sçavez que c'est la maniere
Dont quelque chose est inventé,
Qui beaucoup plus que la matiere
De tout Recit fait la beauté:
Vous aimerez ma fable & sa moralité,
J'en ay, j'ose le dire, une asseurance entiere.

Il estoit une fois un pauvre Bucheron
Qui las de sa penible vie,
Avoit, disoit-il, grande envie
De s'aller reposer aux bords de l'Acheron;
Representant dans sa douleur profonde,
Que depuis qu'il estoit au monde,
Le ciel cruel n'avoit jamais
Voulu remplir un seul de ses souhaits.
Un jour que dans le Bois il se mit à se plaindre
A luy la foudre en main Jupiter s'apparut.
On auroit peine à bien dépeindre
La peur que le bon homme en eut:
Je ne veux rien, dit-il, en se jettant par terre,
Point de souhaits, point de Tonnere,
Seigneur, demeurons but à but.

Cesse d'avoir aucune crainte:
Je viens, dit Jupiter, touché de ta complainte,
Te faire voir le tort que tu me faits.
Escoute donc: Je te promets,
Moy qui du monde entier suis le souverain maistre,
D'exaucer pleinement les trois premiers souhaits
Que tu voudras former sur quoy que ce puisse estre.
Voy ce qui peut te rendre heureux,
Voy ce qui peut te satisfaire;
Et comme ton bonheur dépend tout de tes vœux,
Songes-y bien avant que de les faire.

A ces mots Jupiter dans les Cieux remonta,
Et le gay Bucheron embrassant sa falourde,
Pour retourner chez luy, sur son dos la jetta.
Cette charge jamais ne luy parut moins lourde,
Il ne faut pas, disoit-il, en trottant,
Dans tout cecy rien faire à la legere;
Il faut, le cas est important,
En prendre avis de nostre menagere.
Cà, dit-il, en entrant sous son toit de fougere,
faisons, Fanchon, grand feu, grand chere
Nous sommes riches à jamais,
Et nous n'avons qu'à faire des souhaits.
Là-dessus tout au long le fait il luy raconte.
A ce recit l'Espouse vive & prompte
Forma dans son esprit mille vastes projets;
Mais considerant l'importance
De s'y conduire avec prudence:
Blaise, mon cher ami, dit-elle à son espoux,
Ne gastons rien par nostre impatience,
Examinons bien entre nous
Ce qu'il faut faire en pareille occurrence;
Remettons à demain nostre premier souhait,
Et consultons nostre chevet.
Je l'entens bien ainsi, dit le bon homme Blaise,
Mais va tirer du vin derriere ces fagots.
A son retour il but, & goustant à son aise
Prés d'un grand feu la douceur du repos,
Il dit, en s'appuyant sur le dos de sa chaise:
Pendant que nous avons une si bonne braise,
Qu'une aune de Boudin viendroit bien à propos,
A peine acheva-t-il de prononcer ces mots,
Que sa femme apperceut grandement estonnée,
Un Boudin fort long, qui partant
D'un des coins de la cheminée,
S'approchoit d'elle en serpentant.
Elle fit un cri dans l'instant;
Mais jugeant que cette avanture
Avoit pour cause le souhait,
Que par bestise toute pure
Son homme imprudent avoit fait:
Il n'est point de pouïlle & d'injure
Que de dépit & de courroux
Elle ne dist au pauvre espoux.
Quand on peut, disoit elle, obtenir un Empire,
De l'or, des perles, des rubis,
Des diamans, de beaux habits,
Est ce alors du Boudin qu'il faut que l'on desire?
Et bien j'ay tort, dit-il, j'ay mal placé mon choix,
J'ay commis une faute énorme,
Je feary mieux une autre fois:
Bon bon, dit-elle, attendez-moy sous l'orme,
Pour faire un tel souhait il faut estre bien beuf:
L'espoux plus d'une fois emporté de colere,
Pensa faire tout bas le souhait d'estre veuf,
Et peut-estre, entre-nous, ne pouvoit-il mieux faire.
Les hommes, disoit-il, pour souffrir sont bien nez!
Peste soit du Boudin & du Boudin encore:
Plust à Dieu, maudite Pecore,
Qu'il te pendist au bout du nez.

La priere aussi-tost du Ciel fut écoutée,
Et dés que le Mari la parole lascha,
Au nez de l'espouse irritée
L'aune de Boudin s'attacha.
Ce prodige imprevû grandement le fascha.
Fanchon estoit jolie, elle avoit bonne grace,
Et pour dire sans fard la verité du fait,
Cet ornement en cette place
Ne faisoit pas un bon effet;
Si ce n'est qu'en pendant sur le bas du visage,
Il l'empêchoit de parler aisement.
Pour un espoux merveilleux avantage,
Et si grand, qu'il pensa dans cet heureux moment
Ne souhaiter rien davantage.

Je pourrois bien, disoit-il à par soy,
Aprés un malheur si funeste,
Avec le souhait qui me reste,
Tout d'un plein faut me faire Roy.
Rien n'égale, il est vrai, la grandeur souveraine;
Mais encore faut-il songer
Comment seroit faite la Reyne,
Et dans quelle douleur ce seroit la plonger
De l'aller placer sur un thrône
Avec un nez plus long qu'une aune.
Il faut l'escouter sur cela,
Et qu'elle mesme elle soit la maîtresse
De devenir une grande Princesse
En conservant l'horrible nez qu'elle a
Ou de demeurer Bucheronne
Avec un nez comme une autre personne,
Et tel qu'elle l'avoit avant ce mal-heur-là.

La chose bien examinée,
Quoi-qu'elle scût d'un sceptre & la force & l'effet,
Et que quand on est couronnée,
On a tousjours le nez bien fait;
Comme au desir de plaire il n'est rien qui ne cede,
Elle aima mieux garder son Bavolet
Que d'estre Reyne & d'estre laide.

Ainsi le Bucheron ne changea point d'estat,
Ne devint point grand Potentat,
D'écus ne remplit point sa bourse;
Trop heureux d'employer le souhait qui restoit
Foible bonheur, pauvre resource,
A remettre sa femme en l'estat qu'elle estoit.
Bien est donc vray qu'aux hommes miserables,
Aveugles, imprudens, inquiets, variables,
Pas n'appartient de faire des souhaits,
Et que peu d'entr'eux sont capables
De bien user des dons que le ciel leur a faits.

FIN

Corpus

PERRAULT.17E