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PERRAU08 - Les Fées

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AT 0480 - The Spinning Woman by the Spring. The Kind and Unkind Girls    AT 0480 - The Spinning Woman by the Spring. The Kind and Unkind Girls   

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Charles Perrault: Contes de ma mère l’oye (1695-1697).

Tekst

Les Fées
Conte.

Il estoit une fois une veuve qui avoit deux filles, l'aînée luy ressembloit si fort & d'humeur & de visage, que qui la voyoit voyoit la mere. Elles étoient toutes deux si desagreables & si orgueilleuses qu'on ne pouvoit vivre avec elles. La cadette qui estoit le vray portrait de son Pere pour la douceur & pour l'honnesteté, estoit avec cela une des plus belles filles qu'on eust sçeu voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mere estoit folle de sa fille aînée, & en même temps avoit une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisoit manger à la Cuisine & travailler sans cesse.
Il falloit entre-autre chose que cette pauvre enfant allast deux fois le jour puiser de l'eau à une grande demy lieuë du logis, & qu'elle en raportast plein une grande cruche. Un jour qu'elle estoit à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de luy donner à boire? Ouy da, ma bonne mere, dit cette belle fille, & rinçant aussi tost sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine, & la lui presenta, soûtenant toûjours la cruche a fin qu'elle bût plus aisément. La bonne femme ayant bû, luy dit, vous estes si belles, si bonne, & si honneste, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don, (car c'estoit une Fée qui avoit pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où iroit l'honnesteté de cette jeune fille.) Je vous donne pour don, pour suivit la Fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche où une Fleur, où une Pierre précieuse. Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mere la gronda de revenir si tard de la fontaine. Je vous demande pardon, ma mere, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si long-temps, & en disant ces mots il luy sortit de la bouche deux Roses, deux Perles, & deux gros Diamans. Que voy-je-là, dit sa mere toute estonnée, je crois qu'il luy sort de la bouches des Perles & des Diamants, d'où vient cela, ma fille, (ce fut là la premiere fois qu'elle l'appella sa fille.) La pauvre enfant luy raconta naïvement tout ce qui luy estoit arrivé, non sans jetter une infinité de Diamants. Vrayment, dit la mere, il faut que j'y envoye ma fille, tenez Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de vôtre sœur quand elle parle, ne seriez vous pas bien aise d'avoir le mesme don, vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, & quand une pauvre femme vous demandera a boire, luy en donner bien honnestement. Il me feroit beau voir, répondit la brutale aller à la fontaine: Je veux que vous y alliez, reprit la mere, & tout à l'heure. Elle y alla, mais toûjours en grondant. Elle prit le plus beau Flacon d'argent qui fut dans le logis. Elle ne fut pas plustost arrivée à la fontaine qu'elle vit sortir du bois une Dame magnifiquement vestuë qui vint luy demander à boire, c'estoit la même Fée qui avoit apparu à sa sœur, mais qui avoit pris l'air & les habits d'une Princesse, pour voir jusqu'où iroit la malhonnesteté de cette fille. Est-ce que je suis icy venuë, luy dit cette brutale orgueileuse, pour vous donner à boire, justement j'ai apporté un Flacon d'argent tout exprés pour donner à boire à Madame? J'en suis d'avis, beuvez à même si vous voulez. Vous n'estes guere honneste, reprit la Fée, sans se mettre en colere: & bien puisque vous estes si peu obligeante, je vous donne pour don, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un crapau. D'adord que sa mere l'aperçeut, elle luy cria! Hé bien ma fille! Hé bien, ma mere, luy répondit la brutale, en jettant deux viperes, & deux crapaux, O! Ciel, s'écria la mere, que vois-je là, c'est sa sœurqui en est cause, elle me le payera; & aussi tost elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit, & alla se sauver dans la Forest prochaine. Le fils du Roi qui revenoit de la chasse, la rencontra, & la voyant si belle, luy demanda ce qu'elle faisoit là toute seule & ce qu'elle avoit à pleurer. Helas? Monsieur, c'est ma mere qui ma chassée du logis. Le fils du Roi qui vit sortir de sa bouche cinq où six Perles, & autant de Diamants, la pria de luy dire d'où cela luy venoit. Elle luy conta tout son avanture. Le fils du Roi en devint amoureux, & considerant qu'un tel don valoit mieux que tout ce qu'on pouvoit donner en mariage à un autre, l'emmena au Palais du Roi son pere, où il l'épousa. Pour sa sœur elle se fit tant haïr, que sa propre mere la chassa de chez elle; & la malheureuse aprés avoir bien couru sans trouver personne qui voulut la recevoir, alla mourir au coin d'un bois.

MORALITE'
Les Diamans & les Pistoles,
Peuvent beaucoup sur les Esprits;
Cependant les douces paroles
Ont encor plus de force, & sont d'un plus grand prix.

AUTRE MORALITE'
L'Honnesteté couste des soins,
Et veue un peu de complaisance,
Mais tost ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins.

Corpus

PERRAULT.17E